lundi 30 janvier 2012

Myanmar à touristes et Birmanie du sourire - deux facettes d'un pays splendide

Ceux qui ont déjà voyagé en Birmanie comprendront aisément que tenir son blog à jour relève de la gageure dans un pays où le trafic internet est encore très contrôlé. Les connexions sont d'une lenteur exaspérante et parfois on n'a carrément pas accès à Blogger ou Hotmail. L'accès internet a donc été réduit à lire quelques emails et envoyer de courts messages. Voilà qui explique le "retard" de mon récit sur la Birmanie. 

Introduction

On avait 13 jours en Birmanie, ce qui est relativement court pour découvrir un pays grand comme la France. Certaines régions ne sont pas accessibles aux touristes, même si le pays a connu une ouverture ces dernières semaines avec la signature d'un accord de paix avec le peuple karen, un relâchement de la censure de la presse, la libération de prisonniers politiques, la visite d'Hillary Clinton ou d'Alain Juppé et l'annonce de la réouverture de l'ambassade américaine. Tout le monde connaît le combat d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et figure de l'opposition non violente à la dictature militaire.

Le premier chapitre de tous les guides de voyage sur la Birmanie commence à peu près comme ceci : "Pour ou contre : faut-il aller en Birmanie ?" Le gouvernement a longtemps contrôlé le tourisme en organisant des voyages de groupe mais ces dernières années, de plus en plus de voyageurs indépendants ont pu se rendre dans le pays. En logeant dans des guesthouses, en mangeant dans la rue ou dans des restaurants locaux, en utilisant les transports en commun ou des taxis privés, on peut s'assurer que tout l'argent dépensé dans ce pays ne revient pas directement dans les poches de la junte mais profite à la population.

Cela dit, j'ai été très étonnée du nombre important de touristes croisés lors de nos pérégrinations. La plupart du temps, on n'a pas pu rester loger dans les hôtels qu'on avait sélectionné car tout était complet, même 2 jours avant. Mais tout s'explique : 1. Janvier est la meilleure saison, 2. On est restés dans le circuit classique, 3. Le léger assouplissement du régime a fortement encouragé les touristes à venir en Birmanie. Bref, pour ceux qui projettent un voyage dans ce beau pays, je conseillerais d'y venir plus tôt (fin novembre, début décembre), de rester plus longtemps et d'essayer de sortir du circuit classique !

Pour terminer cette petite introduction, je tiens à souligner que la Birmanie est vraiment un pays magnifique et où les contacts avec la population sont constants et très chaleureux. Même les "petits marchands du temple" sont souriants, jamais agressifs, posent des questions et aiment discuter avec les étrangers (même si on n'achète rien !). On a souvent dû poser avec des locaux, à leur demande...

Notre parcours a suivi le "diamant" classique : Yangon, Mandalay, Bagan, lac Inle et retour à Yangon.


Mandalay et sa région

Suite à un couac avec l'agence birmane pour la réservation d'un vol intérieur, on a failli ne pas arriver à Mandalay le premier jour. Mais ici, il suffit de se présenter à l'aéroport, de remettre une liasse de dollars bien propres et craquants au préposé de la compagnie aérienne et on reçoit un magnifique billet encore écrit à la main (idem pour le boarding pass).

Arrivée dans les rizières autour de Mandalay

Mandalay est une ancienne capitale du royaume birman et trois anciennes capitales se trouvent aussi dans un rayon de 15km. On loue les services d'un chauffeur pour la journée et il nous emmène visiter ces cités anciennes. Notre première étape est au monastère d'Amarapura. L'attraction principale est de venir observer le déjeuner des moines (qui ne mangent que 2 fois par jour, le matin et avant midi). Avant l'arrivée de la foule des touristes, on se ballade dans ce grand centre d'enseignement en observant les moines se préparer pour le repas. On fuit une fois qu'ils se mettent en file pour recevoir leur assiette de riz car l'endroit est envahi de touristes un peu sans gêne.

Déjeuner des moines à Amarapura


Win San nous emmène ensuite à Sagaing, une colline remplie de temples et stupas dorés. La grimpette jusqu'en haut de la pagode principale nous évite le prix de l'entrée (qui va dans les poches du gouvernement) et on profite d'une belle vue sur le fleuve et les temples.

Daisy et un touriste local

Les collines de Sagaing
Après un lunch dans une petite gargote au bord de la rivière, on prend un bateau pour aller à Inwa. De l'autre coté, il faut louer une calèche pour visiter les principaux sites. On ne rentre pas dans les 2 principaux temples (où il faut de nouveau payer...) mais la ballade dans la campagne est vraiment paisible et intéressante.

Inwa
En calèche à Inwa

La journée se termine au pont d'U Bein, le plus long pont en teck du monde. Deux kilomètres pour relier la ville et la campagne. Le coucher de soleil est magique, entre les touristes et les locaux qui empruntent le pont pour rentrer du travail. Les moines sont aussi de sortie, c'est leur heure de détente de la journée...

Coucher de soleil au pont d'U Bein


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Le lendemain, on repart avec Win San, direction Monywa. Cette petite ville à 3h de route de Mandalay abrite le site du deuxième plus grand Bouddha debout au monde. Haut d'environ 130 mètres, on peut grimper à l'intérieur. Des salles sont aménagées avec des fresques représentant les différentes étapes de l'enfer. Les représentations de diables découpant des gens en morceaux, les rôtissant à la broche ou leur coupant la langue sont très réalistes !
Devant le grand Bouddha avec des villageois qui voient des étrangers pour la première fois

L'enfer version bouddhiste
 Sur le même site, il y a aussi un énorme Bouddha couché et une plaine avec des milliers de Bouddhas. Représenté sous un banyan, avec une ombrelle et en position de méditation, tout un chacun peut faire une donation pour avoir "son" bouddha dans la plaine. Très apprécié des Chinois et des Coréens, il y aurait déjà plus de 9 000 Bouddhas sur les flancs de la colline !




La journée se termine à la pagode de Thanboddhay, une pagode unique en son genre en Birmanie. D'abord, elle est très colorée et à l'intérieur, il y a des milliers de petits Bouddhas (environ 600 000 !!). De nouveau, tout le monde peut faire une donation pour avoir son Bouddha sur les murs du temple. J'ai adoré cette journée parce qu'on a pu observer la campagne et puis aussi car il n'y avait pas de touristes occidentaux - les seuls visiteurs du grand Bouddha étaient des villageois qui voyaient des étrangers pour la première fois !

Paya Thanboddhay

Le soir, on va boire un verre avec Win San, notre chauffeur. Il parle assez bien français et anglais et c'est très intéressant de discuter avec lui, de politique, de la vie de tous les jours, de la culture birmane ou de l'"invasion" chinoise..
Bière avec Win San, notre chauffeur




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Pour rejoindre Bagan, on descend la rivière Irrawaddy sur un bateau. Ce "speedboat" est rempli de touristes mais il permet de rejoindre la plaine des temples de Bagan en 9h, contre 12h minimum pour le slowboat. On profite du soleil sur le pont, on observe la vie du fleuve (péniches, bateaux en tous genre, pêcheurs et paysans).. C'est une agréable façon de se rendre à Bagan, qu'on atteint au coucher du soleil.

Pêcheurs sur le fleuve Irrawaddy
Vendeuses de fruits
Sur le pont du bateau
Les photos de Mandalay et de la région sont ICI

Bagan et ses temples


Tous les temples de Bagan ont été construits lors de l'apogée de la première capitale de l'empire birman, entre le XIème et le XIIIème siècle. Beaucoup ont été détruits par des tremblements de terre et par les crues du fleuve Irrawaddy. Il en reste pourtant des centaines, éparpillés sur la plaine.

Devant le temple Htilominlo

La plaine de Bagan

La meilleure façon de découvrir Bagan, c'est à vélo. Nous en louons près de notre hôtel pour parcourir le site. Il fait très chaud pendant la journée mais c'est un vrai plaisir de rouler sur les petits chemins de terre, et de partir à la découverte de toutes ces splendeurs.


Les enfants grimpent sur mon vélo

Devant les temples les plus importants, on se fait assaillir par des marchands mais toujours de façon très gentille. On dirait qu'ils préfèrent presque papoter quelques instants avec nous plutôt que de conclure une vente à tout prix. Les enfants nous guident sur les toits de certains temples d'où on a une vue magnifique sur tout le site.

Daisy dessine avec un nouveau pote

Assaillis par les enfants
Le coucher du soleil est un grand moment à Bagan. Du haut d'un temple, la vue sur les tours et stupas environnants est magique... Le premier jour nous allons sur le temple le plus prisé par les photographes pour son point de vue. Mais l'endroit est vraiment envahi de touristes et le lendemain, on va sur un temple un peu plus petit mais beaucoup plus tranquille, où on peut s'asseoir pour admirer le spectacle de la course du soleil.

Coucher de soleil sur les temples
 

Bref, le site de Bagan vaut vraiment le détour. Ce que j'ai préféré, c'est la découverte de temples moins connus, au hasard de nos coups de pédale. Dans certains d'entre eux, il reste des fresques magnifiques, qu'on éclaire à la lampe de poche...


Toutes les photos de Bagan sont ICI

Le lac Inle et le trek

De Bagan, on a pris un avion pour Heho. L'idée est d'aller à Kalaw pour ensuite rejoindre le lac Inle par un trek de 2 jours. Une fois arrivés à Pine City (l'autre nom de Kalaw car elle se trouve en altitude, au milieu des sapins), on réserve un trek qui part le lendemain. On passe donc l'après-midi à relaxer, lire, internet et papoter avec Freddy, un Français qui vit en Belgique et qu'on reverra de nombreuses fois pendant le reste du voyage.

La paisible bourgade de Kalaw
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Le jour du départ du trek est arrivé, nos sacs sont partis avant nous sur une mobylette. Quand on se présente à l'agence, on apprend qu'on sera finalement six en plus du guide. Heureusement, nos nouveaux compagnons de voyages sont très sympas et on papote beaucoup sur le chemin.

Sur la route

On suit des petits chemins dans la campagne, qui passent par plusieurs villages de différentes ethnies et qui traversent des rizières, des champs de chili ou de gingembre. Notre guide s'arrête fréquemment pour discuter avec eux et grâce à son intermédiaire, on peut interagir avec eux. On apprend ainsi qu'ils rêvent d'avoir une peau blanche comme la nôtre. C'est l'histoire la plus vieille du monde : l'herbe est toujours plus verte ailleurs..

Récolte de gingembre

Récolte du chili
Après environ 6h de marche, on arrive à Pattapauk, un petit village perdu dans la montagne. On s'arrête dans la gargote du coin car comme dirait Ray (l'Irlandais du groupe), "it's beer o'clock". Après nos bières rafraîchissantes, on va manger dans le monastère qui nous héberge pour la nuit. Il n'y a qu'un vieux moine grabataire de 82 ans et ses deux assistants qui y habitent pour le moment.

beer o'clock

Frites dans le monastère !

On a droit à des frites au dîner, ainsi qu'un délicieux curry de poulet. On se prend quelques fou rires en allant aux toilettes, qui sont squattées par d'immenses araignées. Tout le monde est crevé de cette longue journée et on s'installe bien vite sous nos 3 couvertures, dans la salle commune du monastère. On sent qu'on est en altitude, il fait très froid...


Notre piaule pour la nuit

Au réveil, on se fait bénir par le vieux moine avant de reprendre la route. Après le passage d'un petit col à 1400m, le chemin redescend à 900m, à travers des buissons infestés de serpents. On voit le lac Inle au loin pendant la descente, c'est magnifique.

Femmes qui s'en vont aux champs

Arrivés au lac, on grimpe dans une pirogue à moteur. La journée n'est pas finie puisque notre batelier nous emmène visiter le sud du lac : villages sur pilotis, ateliers de tissage de la soie et de la fibre de lotus, fabrique de cigares birmans, fabrique d'ombrelles en papier, jardins flottants, pagode et monastère du chat sauteur (no comment, une belle arnaque..)

Premières maisons sur le lac

Pagode de Phaung - Daw U

On est enchantés des paysages et des scènes de vie quotidienne qui se déroulent sous nos yeux. Les villages sont entièrement sur pilotis, les rues sont de petits canaux et les habitants se déplacent en barque plate. Les pêcheurs rament avec leur jambe, le spectacle est splendide au coucher du soleil.

Village sur pilotis

Jardin flottant

Pêcheur sur le lac
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Après une journée de repos post-trek et préparatifs de la suite, on embarque de nouveau dans une pirogue à moteur, direction le village de Sankar, à 3h de pirogue de Nyangshwe. En chemin, on s'arrête au marché de Taung Tao, qui a lieu tous les 5 jours et où on peut observer les habitants venir vendre leurs produits.

Marché de Taung Tao

Femme fumant un cigare au marché de Taung Tao

Le village de Sankar est une paisible petite bourgade un peu endormie, où le temps semble s'être arrêté. Des ruines d'une pagode à moitié enfouie sous les eaux nous accueillent. On se promène dans les rues avec notre guide et il nous fait goûter le betlenot, un mélange de chaux, de tabac et de betle, que les Birmans mâchent à tout bout de champ. Partout en Birmanie, le sol est jonché de taches rouges, alias des crachats de jus de cette "drogue douce". Mouais, pas mauvais mais pas terrible non plus !

Stupas dans le lac à Sankar

Préparation du betlenut

Les photos du trek et du lac Inle sont ICI

Yangon

Nos deux derniers jours en Birmanie se déroulent à Yangon (Rangoon). C'est une grande ville, où les rues semblent un peu (seulement un peu) plus ordonnées que dans le reste du pays. Beaucoup de bruit, de pollution et on renoue avec la chaleur après s'être chopés des rhumes au lac Inle. On se ballade dans la ville où il y a quelques bâtiments coloniaux assez intéressants.

Ruelle typique de Yangon

Marché Bonoyoke Aung San


L'attraction majeure de Yangon, c'est la Paya Shwedagon, le site religieux le plus sacré de Birmanie car il contiendrait des reliques de Bouddha. Le stupa en or fait 98m de haut et contiendrait plus d'or que le trésor d'Angleterre... Le haut de la cloche est recouvert de pierres précieuses, dont une émeraude de 76 carats.

Paya Shwedagon
 

On visite le site au coucher du soleil, lorsque le stupa brille de mille feux. La nuit, le site est éclairé et de nombreux pélerins continuent à faire des offrandes dans les nombreux temples du site. Magnifique !

Coucher de soleil sur la Paya Shwedagon

Pélerins priant Bouddha après le coucher du soleil

On passe notre dernière soirée en Birmanie avec Freddy, à boire des bières Myanmar et à discuter avec Too Aung Chow, un Birman marchand de pierres précieuses. Toute une affaire !

Dernier soir en Birmanie
Les photos de Yangon sont ICI
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Conclusion

Il faut aller en Birmanie pour :
- la gentillesse, le sourire et l'accueil des Birmans
- voir ces pagodes toutes dorées
- la beauté des sites naturels et archéologiques

Il ne faut pas aller en Birmanie pour :
- la nourriture (pas mauvaise mais très peu variée)
- payer des entrées de site qui vont dans la poche du gouvernement
- être tout seul car oui, il y a du tourisme !

Toutes les photos sont regroupées ici